Texte 6 : Rancœur, de Carlisle

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Awani
chat Texte 6 : Rancœur, de Carlisle
par Awani samedi, à 16:05

Awani
7ème
7 734 points
Samedi, à 16:05
Awani niveau/12 experience 1325 facteur
Bonjour à toutes et à tous, voici le sixième texte de ce concours de fiction, Rancœur écrit par Carlisle. Bonne lecture !


Ce devait probablement être le moment que je redoutais le plus de la journée. Je veux bien sûr parler de l'enterrement de ce très cher Burlok, c'était le préféré de M. Tortue. Un lapin certes doté d'un certain caractère dominant mais pourtant très audacieux et sincère. Les lapinautes l'aimaient surtout pour sa capacité, incroyable je l'admets, de pouvoir creuser quatre trous dans une même course. C'est le don qui lui a valu autant de visibilité parmi le public et l'élite des joueurs. Certains penseront qu'il avait vécu une belle carrière mais avant tout une belle vie, rempli de rubis et d'admiration. Mais de mon côté, j'espère surtout que son enterrement ne durera pas trop longtemps, j'ai la phobie du noir. Oui cela explique pourquoi malgré toutes les merveilleuses propositions d'acquisition d'un lapin, Ténèbres, j'ai toujours refusé. Rien que d'y penser cela me donne envie de jeter la totalité de mes fumiers surpuissants...

Sur ce, l'heure fatidique approche. Malgré toute mon appréhension, je ne peux pas me permettre d'arriver en retard à cet événement, surtout par respect pour ce vieux et bon M. Tortue.

- Le mot "purgatoire" aurait-il été plus approprié ?

Je contemplais encore la grande porte de ma maison. Je gémis. Je venais à peine de parvenir à m'auto-convaincre d'y aller, alors je sorti. Il ne me fallu pas énormément de temps pour arriver au cimetière, même en traînant des pieds. L'atmosphère était pesante, comme bien trop souvent malheureusement.

J'entendis le bruit de la canne de mon vieil ami M. Tortue contre la pierre au sol. Un bruit éreinté et tout aussi lourd que l'atmosphère. Je ne l'avais jamais vu aussi triste et ravagé, avec un regard aussi profond que la citrouille d'Halloween qu'il accrochait chaque année tout en haut pour l'occasion. J'en eus de la peine. Il passa à côté de moi puis je vis ses lèvres s'entrouvrir.

- J'ai toujours su que tu viendrais mon ami... Malgré ta peur de ce lieu, merci, de tout cœur...

Malgré son air dévasté, sa voix restait inchangée, toujours douce mais légèrement rocailleuse. En signe d'affection, je lui fis une légère tape sur sa carapace, il l'accepta sans broncher. Après tout, en cette dure période, il faut être solidaire, comme il nous le disait si souvent...

Peu à peu, d'autres lapinautes s'empressaient de nous rejoindre, la plupart le visage rongé de larmes. Si jeunes et pourtant si brisés. Dans d'autres circonstances, j'aurais bien été étonné d'à quel point autant de monde seraient dévastés juste pour un Burlok, mais je ferais mieux de garder mes pensées pessimistes pour moi-même. Ça retombera forcément sur moi à un moment donné...

Je relevais ma tête et aperçut M. Tortue, il me faisait signe d'approcher. Une fois à sa hauteur il me chuchota.

- Le Bouseux n'est pas encore arrivé, tu voudrais bien aller le chercher dans sa cabane pour moi ?

Il avait toujours ce regard suppliant, propre à lui-même. J’acquiesçai et me dirigea à l'entrée du cimetière. Le Bouseux, cet homme toujours dans sa salopette en jean, est le propriétaire du cimetière et le maître de cérémonie. Sa vieille cabane était complètement constituée de bois, elle avait souffert de l'érosion. Ce qui lui donnait une impression d'épave. Je pris mon courage à deux mains et attrapa la poignée de la porte. Elle s'effrita au contact de ma peau, et la porte s'ouvrit lentement dû à ce simple choc. Un frisson d'horreur parcourut mon échine, une odeur sanglante s'imposa. Pris de panique, je donnai un coup sec dans sa porte, qui tomba aussitôt. L'intérieur de la cabane, qui faisait déjà misérable, l'était bien pire désormais. Du sang était présent quasiment sur tout le parquet, et des traces animales jonchaient les murs. Personne. Et si c'était cet abominable Burlok, cet assassin.

D'un élan rempli d'adrénaline, je m’élançai dehors et couru à une vitesse dont j'ignorais le potentiel. Il fallait que je prévienne quelqu'un de ce meurtre. Ce Burlok ne doit pas rester en vie une seconde de plus. Mais...

- …Il est censé être mort. Comment est-ce possible... Ça ne peut-être que lui. J'ai toujours su que ce lapin était une anomalie et une abomination...

Je ralentissais mon rythme. Après tout je ne suis pas pressé. Si je reviens parmi eux trop rapidement, ils se douteront qu'il s'est passé quelque chose de fâcheux.

- Que quoi ?

J'entendais des bruits... festifs. Si on m'avait dit que je passerais une telle journée, jamais je ne serais sorti de mon lit. Voir autant de sang, passer trop de temps dans un cimetière, et puis quoi encore, devenir meilleur ami avec un Burlok ?

J'avançais à pas de lapins. Je n'avais jamais vu une personne aussi heureuse... M. Tortue. Il tenait Burlok entre ses bras et il le faisait tourner, sous les regards admiratifs des fidèles lapinautes autour.

- C... C'est impossible, il est mort. Je l'ai tué pourtant…
- C'est un lapin immortel, murmura une voix sèche et froide derrière mon oreille.

Mes yeux se posèrent sur un vieil animal à l'aspect miteux, que je reconnus directement, le Bouseux. Bien vivant et en parfaite santé.

- Mais...
- J'étais censé m'occuper, il insista lourdement sur ce mot, de toi... Mais je me suis rendu compte que tu étais qu'une simple âme perdu.

Il soupira. Et je le vis sortir sa pelle.

- M. Tortue t'as éloigné et a fait en sorte que tu arrives dans ma cabane et à ce moment précis j'aurais dû en finir avec toi. Tu sais, les gens connaissent tous ta haine, ta rancœur envers le petit protégé de M. Tortue. Mais moi je ne voulais pas te trahir, je voulais juste te faire comprendre tes erreurs.

Mon cerveau était en train de bouillonner, d'être à ébullition. J'analysais chaque moments de la journée, peu importe leurs importances. Depuis tout ce temps, les gens me haïssaient et étaient de vulgaires hypocrites envers moi. J'aurais dû faire plus attention aux détails. Tous leurs regards de pitié resteront gravés dans ma mémoire. Je les déteste tous. Immonde.

Le Bouseux me fit une dernière tape sur l'épaule puis me poussa dans le trou, celui destiné à ce bon vieux Burlok.
PetitSable
29ème
6 481 points
Hier, à 13:30
PetitSable niveau/12 experience 1210 facteur
Wow, très beau texte qui ne m'a pas fait peur cependant, car je n'ai pas compris smiley/bete.png
Mais le style d'écriture est super et il n'y a pas eu (je crois) de fautes ! Bravo c:
Aujourd'hui, à 18:03
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