DP 1 : La génétique de Lapino : de Darwin à Waddington - loumeuni

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chat DP 1 : La génétique de Lapino : de Darwin à Waddington - loumeuni
par Linec hier, à 17:17

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Bonjour à toi, cher lecteur !


Aujourd’hui, découvrez le dernier article de nos reporters ! Signé par loumeuni, il est consacré à la génétique. Merci à toi d’avoir relevé le défi avec nous !

Rendez-vous dans quelques jours pour découvrir les résultats. En attendant, bonne lecture !


La génétique de Lapino : de Darwin à Waddington


Savez-vous pourquoi on ne pouvait pas jouer à Lapino au XVIIIe siècle ? Les plus terre à terre ont déjà répondu “car internet n’existait pas” ou “parce que Koni n’était pas né pour créer le site”. Mais il existe une autre raison, plus discrète et pourtant, presque aussi importante.

Jusqu’au XIXe siècle, la pensée biologique occidentale était dominée par l’essentialisme : on croit alors que les espèces du vivant ont des caractéristiques inaltérables, c’est à dire qu’elles sont apparues un jour et sont restées et resteront pour toujours identiques à leur ancêtres. Impossible donc qu’un lapin, par exemple, ne court plus vite que ses parents. Voilà donc notre “jeu de course et d’élevage de lapins” rendu très difficile.

Merci Darwin !

C’est le naturaliste britannique Charles Darwin que nous pouvons remercier d’avoir remis en question cette vision essentialiste.

En 1831, alors jeune géologue de 22 ans, Darwin embarque pour la seconde expédition du HMS Beagle ayant pour objectif de cartographier le littoral sud américain. A bord du bateau, Darwin commence à s’intéresser à l’observation des espèces animales en parallèle de celle des minéraux. En 1835, lors d’une escale dans les îles Galapagos, Darwin recense une dizaine d’espèces différentes de pinsons. Il remarque que ces oiseaux, vivant sur les différentes îles de l’archipel, ont des becs de formes et de tailles différentes selon le type de nourriture le plus présent sur l’île où ils se trouvent. Bien que le reste de leur corps se ressemble, les oiseaux à gros becs habitent les îles riches en noix, alors que des oiseaux à becs fins habitent sur les îles riches en graines.

4 espèces de pinsons des galapagos observés par Darwin, dont les becs varient en forme et en taille selon l’île dont ils proviennent.

À son retour en Angleterre en 1836, Darwin pense toujours à ses pinsons. Après de nombreux échanges avec ses collègues scientifiques, il émet l’hypothèse que ces oiseaux ont un ancêtre commun, mais qu’ils se seraient adaptés physiologiquement au type de nourriture disponible dans leur habitat, créant ainsi, au fil du temps, des espèces distinctes. Il adopte la théorie formulée 50 ans plus tôt par le Français Jean-Baptiste de Lamarck selon laquelle les espèces vivantes évoluent au cours du temps à partir d'un ancêtre commun, et propose la sélection naturelle et les mutations génétiques comme les deux mécanismes principaux qui permettent l’évolution. Les individus les mieux adaptés à leur environnement ont de meilleures chances de se reproduire et de transmettre leurs caractéristiques, ce qui les renforce au fil des générations. Parfois, une mutation génétique apparaît. Si elle est favorable à la survie de son porteur, celui-ci peut produire de nombreux descendants et elle se transmet. Si c’est le contraire, elle disparaît avec lui avant d’avoir pu être transmise.

La première esquisse de Darwin d'un arbre phylogénétique (schéma qui montre les relations de parenté entre les êtres vivants) tirée de son First Notebook on Transmutation of Species (1837). Elle est précédée par la mention “I think”.

Et Lapino dans tout ça ?

Sur Lapino, on remarque que la génétique suit la théorie de l’évolution darwinienne. La pression évolutive n’est pas la sélection naturelle, comme pour les pinsons, mais une sélection artificielle. Nous autres, les joueurs, choisissons les lapins avec le meilleur potentiel, et les faisons se reproduire, avant de choisir à nouveau dans la progéniture les lapereaux les plus prometteurs et recommencer l’entreprise. On peut imaginer que les Originaux sont l’ancêtre commun à tous les lapins. Les angora, les nains, et les autres, ont été sélectionnés en fonction de certaines caractéristiques que les éleveurs souhaitent renforcer. Dans la vraie vie, il s’agit plutôt de caractéristiques physiques : la longueur des poils, la taille, le poids... Sur Lapino, nous sommes plutôt intéressés par la vitesse, l’endurance et l’accélération. Cependant, que ce soit sur le jeu ou hors ligne, les différentes races de lapin appartiennent toujours à la même espèce, car celle-ci est définie par un groupe d'individus pouvant se reproduire entre eux et donner naissance à une progéniture fertile. On estime que la spéciation, nom donné au processus d’apparition d’une ou plusieurs nouvelles espèces à partir d’un ancêtre, prend chez les petits mammifères comme la souris, entre 2000 et 4000 générations. D’après mes calculs, nous pourrions donc être témoins de l’apparition d’une nouvelle espèce sur Lapino d’ici 10 ans (à vos reproductions !).

Lapin de la race Barbu de Gand, originaire de Belgique et reconnue par la FFC (fédération française de cuniculiculture) depuis 2015. Cette race a été créée par la sélection artificielle de lapins dont le pelage ressemblait à une barbe. Photo de Claude Meyer

(R)évolution épigénétique

Sachez que la génétique de Lapino va encore plus loin en matière de fidélité aux mécanismes biologiques. Connaissez vous l’épigénétique ? Il s’agit d’un mot-valise (épigenèse et génétique) formulé pour la première fois par Conrad Hal Waddington, un biologiste, paléontologue et généticien, britannique lui aussi. Au début des années 1940, celui-ci démontre à l’aide d’expériences pratiques que le génome d’un être vivant n’est pas le seul facteur à avoir un impact sur l’évolution. Les conditions environnementales peuvent modifier l’expression de certains gènes, voire tout simplement l’empêcher. Pour nous aider à comprendre ce mécanisme biologique, Thomas Jenuwein compare la génétique à l’écriture d’un livre et l’épigénétique à sa lecture. Quand un livre est publié, le texte (ou l’ADN dans le cas de la génétique) est le même dans tous les exemplaires. Mais chaque lecteur aura une interprétation légèrement différente de l'histoire. Plusieurs lectures d’une information identique (le livre ou le code génétique), peuvent donner lieu à diverses interprétations, selon les conditions dans lesquelles l’information est reçue.

C’est par exemple ce qui explique qu’un même œuf d’abeille puisse devenir une reine ou une ouvrière, ou qu’un renard polaire devienne blanc en hiver, sans pour autant que l’ADN de ces animaux ne change. C’est une révolution dans le monde de la biologie et de la génétique.

Un même œuf d'abeille donnera soit une ouvrière s'il est pondu dans une cellule normale où la larve est nourrie à la gelée royale et à la bouillie larvaire, soit une reine s'il est pondu dans une cellule royale où elle est nourrie exclusivement à la gelée royale.

En 2013, les recherches de Brian Dias et Kerry Ressler sont publiées dans le magazine scientifique Nature. Les deux chercheurs de l'Université Emory, à Atlanta, ont fait associer à des souris une odeur d’acétone à la peur. Leur petits étaient également apeurés lorsqu’il sentaient cette odeur, et la génération suivante l’était également, alors que les chercheurs n’avaient jamais associé chez eux cette odeur avec un danger. Le changement comportemental associé à l’odeur de l’acétone était présent même si les souriceaux ne connaissaient pas leurs parents, ce qui élimine la possibilité qu’il s’agisse d’un caractère appris. Pour les lapinautes, c’est une évidence : les lapins bien entraînés font des petits avec un meilleur potentiel. D’ailleurs, un même couple de lapins peut avoir une première portée avec une évolution génétique relativement faible, puis après avoir atteint les 500 d'expérience, avoir une nouvelle portée dont l’évolution génétique est plus importante, et ce dès la naissance. L’expérience d’un lapin, tout comme son humeur et son degré d'entraînement, ne sont pas inscrits dans son génome. Et pourtant, comme dans la vraie vie, ils influencent la génétique de sa descendance !


Je termine cet article, dont l’écriture m’a beaucoup plu, par une petite question à laquelle je n’ai pas moi même la réponse. Nous avons compris que la génétique de Lapino est très cohérente avec notre compréhension actuelle de la génétique des êtres vivants non-virtuels. Cher lecteur.ice.s de la Gazette, d’après vous, peut-on l’expliquer par une fine connaissance de la théorie de l’évolution et de l’épigénétique de nos développeurs, ou alors il y a t’il une part de chance et de coïncidence ?

Merci de m'avoir lue,

loumeuni


loumeuni
144ème
3 170 points
Hier, à 23:14
loumeuni niveau/9 experience 1235 facteur
J'espère que vous avez apprécié lire mon article, c'est ma première participation à ce genre d'event et ça m'a beaucoup plu !
Merci à Gogo57 de m'avoir aidée pour la rédaction de mon article 😊
Feu
16ème
7 649 points
Aujourd'hui, à 00:12
Feu niveau/14 experience 2780 facteur
C’était un article très intéressant à lire !
On y sent tes recherches et tes efforts pour rendre ce sujet accessible et facile à comprendre, j’ai bien aimé les liens que tu fais à chaque fois avec le jeu pour illustrer certains principes 🐰
Aujourd'hui, à 17:14
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